Dédié à la mémoire de sa grand-mère Juliette, « qui riait même face à ses pires bêtises », WHO s'ouvre sur une question qui accompagne le spectateur jusqu'au générique de fin : « Dans un monde de monstres, qui est le monstre ? »

Un sommet du crime où la confiance n'existe plus

L'intrigue se déroule dans une région qui suit ses propres règles. Une poignée des criminels les plus influents s'y réunit chaque trimestre au manoir de Madame Santos, veuve d'une légende du banditisme.

Walter, Mikaël, Arianne, Oward, Éric, Parker, Janaël, Moïse et M. le Maire participent à ce sommet clandestin. Tous évoluent dans le trafic de stupéfiants, chacun ayant son domaine de prédilection.

À l'origine de ces rencontres se trouve un pacte imaginé par le Maire. En échange de leur participation au maintien de la stabilité de la ville, de la sécurité des citoyens et du financement du développement de la région, il accepte de fermer les yeux sur certaines de leurs activités. Plus qu'une simple collaboration, il s'agit d'un véritable pacte. Ne pas répondre à une convocation revient à rompre cette alliance et à devenir un ennemi à éliminer.

Pour préserver l'ordre public, un serment leur est imposé : interdiction de s'entretuer directement. À l'origine, seuls cinq membres formaient ce pacte : le Maire, Parker, Éric, Moïse et Janaël.

Mais lorsque la suspicion d'une « balance » s'installe parmi eux, la réunion bascule. Chacun cherche à découvrir qui est le traître, tandis que le spectateur est lui aussi entraîné dans cette enquête psychologique.

Un scénario qui joue avec les certitudes

WHO n'est pas un simple film de gangsters. Derrière son intrigue criminelle se cache un véritable thriller psychologique qui explore plusieurs thèmes majeurs.

La confiance et la trahison sont au cœur du récit. Dans un univers où chacun peut être le traître, toute alliance devient fragile.

Le titre même, WHO (« Qui ? »), renvoie à une double interrogation : qui dit la vérité ? Qui est réellement le monstre ? Les apparences sont constamment remises en question.

Le film aborde également la responsabilité individuelle. Chaque décision prise par les personnages entraîne des conséquences, rappelant que nos choix finissent toujours par nous rattraper.

La manipulation psychologique occupe une place centrale. Mensonges, faux-semblants, intimidation et jeux d'influence rythment le récit, tandis que Wil Aime construit une narration où le spectateur est invité à remettre en question tout ce qu'il croit comprendre. Chaque détail peut avoir son importance et le film fonctionne comme un véritable puzzle.

Le film ne parle pas de la foi de manière frontale, comme le ferait un film religieux. En revanche, plusieurs éléments peuvent être interprétés comme une réflexion sur les croyances, notamment :

La référence à Ja, présenté comme un dieu de la chance, amène les personnages à se demander si une force supérieure influence leur destin ou si tout n'est que le résultat de leurs propres choix.

La tension entre le destin et le libre arbitre est omniprésente. Les personnages semblent parfois croire que leur sort est déjà scellé, alors que le scénario montre que leurs décisions ont des conséquences.

Enfin, WHO interroge les rapports entre violence et pouvoir, tout en proposant une réflexion plus large sur la frontière souvent floue entre le bien et le mal.

L'originalité du scénario réside justement dans cette capacité à faire douter le spectateur jusqu'aux dernières minutes.

Un casting convaincant, porté par quelques performances marquantes

Wil Aime relève un défi particulier en incarnant deux personnages : Wilson et Janaël.

Parmi les deux, l'interprétation de Janaël semble lui correspondre davantage. Le personnage dégage une assurance plus naturelle. À l'inverse, Wilson exige un registre émotionnel plus complexe, fondé sur la peur, le doute et l'hésitation. L'exercice est ambitieux et permet au réalisateur de montrer deux facettes très différentes de son jeu.

Le personnage qui m'a le plus marqué reste toutefois Walter, interprété par Hassan Koné. Son charisme, son attitude de « bad boy » et son assurance en font l'une des présences les plus fortes du film. La scène où il annonce au gang de Parker que ce dernier est mort et qu'il devient désormais leur nouveau chef figure parmi les moments les plus marquants de l'œuvre.

Autre prestation remarquable, celle de Suzanne, la petite amie de Mikaël, incarnée par Solène Hegbe. Sans occuper le centre de l'intrigue, elle impose une présence émotionnelle crédible grâce à son jeu d'actrice très centré sur les émotions et les expressions du visage.

Notre véritable coup de cœur revient toutefois à la petite fille muette. Malgré un temps de présence relativement limité, elle laisse une forte impression. Plus qu'un simple personnage secondaire, elle incarne une forme d'innocence dans un univers dominé par la violence, la manipulation et la méfiance. Sa prestation apporte une véritable sensibilité au film. Privée de dialogues, elle parvient à transmettre presque toutes les émotions de son personnage grâce à son jeu non verbal : son regard, sa posture, ses gestes, le rythme de sa respiration et ses expressions faciales.

Une bande sonore au service du suspense

L'une des grandes réussites du film réside dans sa musique.

Les choix musicaux accompagnent parfaitement la montée du suspense et renforcent les émotions de chaque scène sans jamais les surcharger. La musique participe pleinement à l'immersion du spectateur.

Une réalisation attentive aux détails

Dès les premières minutes, le film s'ouvre sur une annonce diffusée à la radio. Ce choix n'est pas anodin : au fil de l'histoire, on comprend que la radio constitue un véritable moyen de communication entre les différents criminels.

Comme souvent chez Wil Aime, aucun détail ne semble laissé au hasard. Les angles de caméra, les cadrages et certaines prises de vue participent eux aussi à la narration.

Les images et le son restent globalement de bonne qualité. Les costumes, volontairement sobres, s'intègrent naturellement à l'univers du film sans chercher à en faire trop.

Notre appréciation

WHO est, à nos yeux, une œuvre ambitieuse qui mérite l'attente de ses sept années de développement.

Wil Aime ne voulait manifestement pas réaliser un simple film de gangsters. Il souhaitait proposer une œuvre capable de marquer les esprits et d'amener le public à réfléchir aux choix que nous faisons, aux conséquences de nos actes et à la part d'ombre qui existe en chacun de nous.

Sur cet aspect, le pari est réussi.

À la fin du film, deux questions continuent de résonner : Qui est le traître ? Qui est le véritable monstre ?

Du côté de la rédaction du Petit Mag, un doute persiste sur Moïse concernant l'identité du traître. Mais la seconde question est, selon moi, la plus intéressante.

Tous ces personnages sont des monstres à leur manière. Pourtant, le véritable monstre n'est peut-être pas un individu en particulier. C'est cette part sombre que chacun porte en lui et qu'il laisse prendre le dessus lorsqu'il succombe à la peur, au pouvoir, à la vengeance ou au désespoir. Les neuf gangsters ne sont pas devenus ce qu'ils sont par hasard : les épreuves de la vie les ont conduits à faire des choix, et ce sont ces choix qui les ont transformés.

C'est précisément là que WHO dépasse le simple thriller. Il ne raconte pas seulement une histoire de criminels ; il invite chacun à s'interroger sur sa propre humanité.

Et vous, si vous avez suivi WHO, qu'en avez-vous pensé ? Selon vous, qui est le véritable monstre ?